L’impact psychologique et physiologique de la catastrophe du 11 mars sur les chiens de Fukushima

Une étude réalisée par les scientifiques du département de médecine vétérinaire de l’Université d’Azabu a récemment mis en évidence les séquelles psychologiques de la catastrophe du 11 mars sur le comportement et la physiologie des chiens de la préfecture de Fukushima.

Le tremblement de terre et le tsunami du 11 mars ont provoqué l’évacuation d’environ 370.000 personnes dans près de 1200 centres de refuge organisés par les collectivités locales des zones sinistrées. La grande majorité des réfugiés de la préfecture de Fukushima se sont alors retrouvés contraints d’abandonner sur place leurs animaux de compagnie, notamment des chiens, attachés ou non aux alentours des maisons. Certains chiens ont vécu de longues périodes dans la solitude la plus complète tandis que d’autres ont erré dans un état semi-sauvage au sein de la zone d’exclusion. Un grand nombre de centres vétérinaires spécialisés ont alors accueilli ces animaux de compagnie pour les soigner et pour certains, les resociabiliser.

Afin d’évaluer l’impact d’un tel stress, les scientifiques ont comparé l’état de santé psychologique et physiologique de 17 chiens « abandonnés » de la préfecture de Fukushima avec 8 chiens héberges par un centre d’accueil de la préfecture de Kanagawa. La première étape de leurs travaux a consisté à étudier, avec l’aide des nouveaux propriétaires ou du personnel des centres de soin, les résultats du questionnaire comportemental Canine Behavioural Assessment and Research Questionnary (C-BARQ). Cet examen prend en compte l’agressivité vis à vis de personnes ou d’autres chiens inconnus, l’anxiété ressentie au moment d’une séparation, la possibilité de dressage et les signes d’affection. Une comparaison des données statistiques a montré une très faible propension des chiens de Fukushima à devenir agressif envers des personnes inconnues et une forte demande d’affection dès le premier mois. Dix semaines plus tard, la conduite d’un second test identique a cependant montré une conduite affective plus rare et un dressage plus difficile.

La seconde partie de l’étude a porté sur les niveaux de sécrétion de cortisol, hormone secrétée par les glandes surrénales et libérée dans le sang dans les moments de stress afin de préparer l’organisme à lutter pour sa survie notamment. La surproduction de cortisol peut avoir des effets néfastes sur les organes et aussi plus généralement sur le métabolisme. Les 10 premières semaines du test (soit 2 mois après le tremblement de terre), les chiens de la préfecture de Fukushima ont présenté des quantités de cortisol dans le sang de cinq à dix fois supérieures à celles mesurées chez les chiens de la préfecture de Kanagawa. Cette forte réponse endocrinienne a persisté pendant les dix semaines sans montrer de tendance à la baisse au delà de cette période.

Les scientifiques de l’Université d’Azabu expliquent ces résultats par le changement radical du lieu de vie et par la rupture brutale du lien affectif des chiens avec leur propriétaires qui ont entraîné un stress d’une très grande importance s’inscrivant dans la durée, même six mois après le tremblement de terre. D’après les chercheurs, il serait très probable que la grande majorité des chiens de l’ensemble de la préfecture de Fukushima présentent les mêmes symptômes.

Les résultats exhaustifs de cette étude ont été publiés dans la revue scientifique américaine Scientific Reports datée du 11 octobre 2012.

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